La Mamma...

Publié le 27 Novembre 2012

Au début, mon seul stress était de savoir si j'allais réussir à m'intégrer au milieu d'une horde d'ados post-bac qui allaient me voir arriver comme un genre de nouvel extra-terrestre au milieu de leur promo. Si j'avais su quelle autre nature et dose de stress m'attendrait plus tard, je serais probablement partie en courant ! Quoi qu'il en soit, mon premier jour en classe préparatoire a été une excellente illustration de cette première crainte qui m'habitait à l'idée de "retourner à l'école". Vous souvenez-vous des veilles de rentrée scolaire de votre enfance, après deux mois de vacances ? Et des quelques unes qui précédaient un changement d'établissement scolaire - collège, lycée, fac ? Je me figure encore ma première matinée, j'entends encore le brusque silence s'installer à mon arrivée dans le couloir où toutes mes futures collègues étaient postées dans l'attente qu'on leur ouvre la porte de la classe. Eh non les filles, je ne suis pas votre prof, encore moins la mère de l'une d'entre vous, mais simplement votre nouvelle copine de classe... Pour être très franche, je ne sais pas qui, de elles ou moi, était la plus terrorisée. Mais j'ai ma petite idée sur la question...

Et finalement, contre toute attente, l'appréhension a vite cédé la place au plaisir de me payer une nouvelle tranche de vie estudiantine, surtout une fois admise en première année où j'ai retrouvé l'ambiance de la fac et des amphis, avec les profs qu'on n'écoute qu'à moitié, les copines qui se racontent leurs peines de coeur sur des petits bouts de papier quadrillé, les cancres populaires du dernier rang qui se tirent la bourre avec les têtes de cartable du premier rang, les morpions pendant les cours très chiants (aujourd'hui remplacés par "Angry Birds" sur téléphone portable...), le bruit des plumes sur le papier pour les plus intéressants, les élections de délégués, les emplois du temps affichés dans le foyer, la machine à café - théâtre de toutes les conversations, la crainte des profs et de la direction, la narration des lendemains de soirées arrosées...

Mais le tout à trente cinq ans. Avec un regard la fois neuf et distancié sur l'enseignement et le rapport aux enseignants, avec une motivation nouvelle elle aussi, et un seul objectif en ligne de mire : celui d'apprendre un nouveau métier ; celui d'apprendre à soigner. Dans ce contexte, la perspective de passer 3 ans sur les bancs de la fac à engranger du savoir m'a éclatée, perspective qui m'avait pourtant foncièrement emmerdée pendant toute ma scolarité passée - scolarité dont les choix de cursus universitaires et de villes d'affectation, Barcelone en tête, n'ont été pendant 5 ans qu'un prétexte pour faire une bringue outrageante et permanente en toutes circonstances, tout en bossant le moins possible.

J'ai très vite adoré cette nouvelle tranche de vie. Plus efficace qu'une cure de jouvence et plus radical qu'un lifting, le retour à la fac m'a bousculée, et obligée à ré-interroger la moindre de mes certitudes. Je suis sortie de mon carcan et de mes habitudes ronronnantes, j'ai abandonné cent fois mes convictions pour apprendre à regarder la vie sous un angle neuf. Celui d'une directrice de production fatiguée qui ambitionne de devenir une "infirmière jeune diplômée".

Et curieusement, c'est justement vers des jeunes que j'ai préféré me tourner. Nous sommes un certain nombre de trentenaires-quadras avec qui j'aurais plu entamer de nouvelles amitiés, partager des expériences de vies, nos histoires de couches et de maris, nos doutes et nos espoirs de reconversion réussie, mais c'est comme si j'avais eu dès le début la sensation d'être rassasiée de l'amitié de "mes amis de toujours" que je n'ai déjà plus le temps de voir, alors que l'appel de l'inconnu sonnait vers les derniers rangs de l'amphi... Quitte à retourner à la fac, je préférais autant me tourner vers les plus jeunes qui, je l'espérais, allaient me réserver bien des surprises, me permettre de faire un beau voyage dans le temps grâce à la fraîcheur et l'innocence qu'elles m'offraient, et continuent de m'offrir chaque jour sur un plateau... C'est ainsi que j'ai développé de nouvelles amitiés avec "des petites" qui pourraient presque être mes filles et qui, pourtant, m'apportent et m'apprennent chaque jour davantage. Je suis leur Mamma, elles sont mes petites, nos relations sont faites d'observations réciproques et d'échanges d'expériences qui nous plient en deux la plupart du temps, et nous inventons ainsi chaque jour un nouveau genre de relation où mon regard les interroge, les rassure, et où le leur m'émeut, m'amuse, m'attendrit, me bouscule, me rappelle... ou le tout à la fois.

Il ne s'agit pas de sombrer dans le jeunisme, qu'on ne se méprenne pas. Mais ce que je pressentais à mon entrée en première année est largement confirmé aujourd'hui que se déroule ma troisième et dernière année : La richesse, le changement, le questionnement, le renouveau que j'attendais en partie de cette reconversion se trouvent aussi là, tout autour de moi, sur les bancs de l'université...

Rédigé par Cécile

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