Ca sent la fin...

Publié le 16 Avril 2013

Oh oui, ça sent la fin, enfin !

Le décompte est lancé et la date fatidique s'approche dans nos têtes au rythme des minutes qui défilent... Nous assistons aux derniers cours symboliques de notre formation avec un regard nouveau, emprunt d'un début de nostalgie pour ce qu'on a pourtant tellement attendu et qui n'est pas encore terminé ; nous planchons sans répit sur notre mémoire de fin d'études, qui vient clôturer notre formation ; bel exercice pour les uns, franche corvée pour les autres, en tous cas encore un travail bien plus dense et complexe que ce à quoi je m'attendais mais qui m'intéresse au plus haut point, autant dans le sujet choisi que dans la démarche intellectuelle qu'il demande... Les directeurs de soins, agences d'intérim et autres employeurs potentiels viennent nous faire les yeux doux et nous convaincre que les conditions de travail sont bien meilleures chez eux que chez la concurrence ; les uns rédigent leurs premiers CV pendant que les autres sont déjà lancés dans la course aux entretiens....

Je regarde cette tranche de vie avec le regard un peu distancié du "déjà vu", je me revois il y a 15 ans dans les yeux de mes collègues de vingt ans, aux esprits chargés de rêves et d'appréhensions de tous registres, à la fois heureux de pouvoir bientôt accéder à l'indépendance, déjà nostalgiques de cette tranche de vie qui s'achève et dans une certaine appréhension de celle qui s'ouvre à eux... Je les vois, libres comme l'air, choisir leur future ville d'appartenance, en fonction de leur situation sentimentale, de leurs envies d'ailleurs, des opportunités qui s'offrent à eux...

Et je me rappelle ô combien tout cela, le cours de nos existences, la tournure qu'elles peuvent prendre à des moments ponctuels de la vie, ne tient qu'à un fil.... Je retrace dans ma tête ce qu' a été ma vie jusqu'à aujourd'hui, et l'importance qu'ont eu ces hasards de l'existence qui signent une destinée.... Mon dernier stage de fin d'études, trouvé par hasard, qui débouche sur mon premier boulot, l'organisation d'une course de voile transatlantique, non pas pour mes connaissances en voile à peu près équivalentes à zéro, mais du simple fait que je parle espagnol et que je connais à l'époque Barcelone, la ville de départ, comme ma poche ; premier boulot qui conditionne toute l'orientation de ma carrière professionnelle sur les 15 ans qui suivent, puisque c'est à chaque fois aux décours de rencontres professionnelles que je déniche mes boulots suivants ; premier boulot au cours duquel je rencontre aussi celui qui, recroisé par hasard quelques années plus tard sur les Champs Elysées en pleine heure d'affluence, deviendra le père de mes enfants avec qui je partage ma vie aujourd'hui ; c'est encore le hasard, alors que je suis étudiante à Barcelone, qui me fait emprunter les escaliers de la résidence Erasmus où je vis en cette année 1996, pour la première et dernière fois en six mois de vie au 4e étage : trajet apparemment anodin au cours duquel je rencontre une française qui devient très vite ma grande amie, qui me rejoint ensuite sur Paris, puis sur ma ville d'origine où nous vivons aujourd'hui, chacune avec son mari et ses enfants dont l'autre est la marraine ....

A quoi tient le fil d'une existence ? A quoi tient ce qu'on appelle une destinée ?

A nos choix de vie bien sûr, mais aussi à cette touche de hasard, appelons-la comme ça, qui pimente chacun des pas que nous effectuons dans cette destinée encore vierge qui est la nôtre, que nous écrivons à chaque instant au rythme des rencontres que nous faisons....

Où serons-nous dans vingt ans ? Mon histoire personnelle est déjà bien engagée et les hasards de l'existence m'ont déjà réservé leur lot de surprises ; et pourtant, cette tranche de vie bien particulière dans laquelle nous sommes, cette page qui se tourne, cette transition qui s'amorce, les espoirs fébriles de mes collègues et les décisions qu'ils s'apprêtent à prendre sans que personne ne puisse mesurer les incidences qu'elles auront (ou pas) dans le cours de leur vie, cet effet-papillon très bien décrit dans un film du même nom, me renvoient à mes vingt ans et à la question qui allait avec : Où la vie va-t-elle bien nous amener ?

"C'est un grand acte de sagesse à la fois et de pitié de la part du créateur, que de nous avoir interdit la connaissance de l'avenir, alors qu'il nous à octroyé les délices du souvenir et les prestiges de l'espérance." ... Cette phrase de Maurice Druon, lue à 20 ans dans l'un des volets des Rois Maudits, m'avait bousculée à l'époque, et me bouscule 15 ans plus tard... c'est d'ailleurs l'une des seules citations que j'aie retenue de toute ma vie.

Que nous réserve demain ? Etions-nous plus heureux hier ? Finalement, on en revient toujours au même point : rien d'autre n'a de sens que l'"Ici et maintenant"...

Rédigé par Cécile

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